Groupe des
Anciens
Maires des
Hautes
Alpes




DES OPINIONS : ENSEIGNEMENT
LE MAIRE ET L'INSTITUTRICE

Le Maire et l'Instituteur :
c'est un tandem bien particulier dans un village Haut Alpin des années 1955. Institutrice remplaçante à cette époque, j'ai eu l'occasion de rencontrer de nombreux maires, car j'ai sillonné le département du Nord au Sud. Ces rencontres sont restées gravées dans ma mémoire, elles ont été une révélation sur le personnage du « MAIRE » Elu, simple, dévoué au service des habitants.

Sur notre feuille de « nomination », nous avions devoir d'aller nous présenter au premier magistrat de la commune. Ceci étant, dès notre arrivée « au bled » nous nous empressions de faire cette visite pour obtenir les clés de l'école et quelques renseignements utiles à notre future vie au village. J'ai rencontré des maires de professions différentes : le paysan, le fonctionnaire, le militaire, etc. Tous avaient en commun, « le souci de sa commune, le don de l'accueil ».
Je me rappelle du maire de Sainte Colombe, Les Bégües ; c'était un paysan, père de famille, travailleur acharné. J'arrivai, donc en car à Orpierre, un dimanche soir de janvier, vers 19h30, pour me rendre à pied au village de Ste Colombe. Je n'eus pas le temps de faire quelque pas, qu'un homme emmitouflé et encapuchonné m'interpella : « Vous êtes notre institutrice, je suis le maire de Ste Colombe ».

Quel soulagement, il était venu avec son vélo pour porter ma valise et me conduire jusqu'au village, qui était à plusieurs kilomètres, tout en haut de la montagne enneigée !
Nous partîmes, il m'annonça qu'il s'était inquiété pour me trouver un logement. Celui de l'école n'étant pas habitable. « Je vais vous conduire chez des gens très sympathiques, ils veulent bien vous héberger, comme cela vous ne serez pas seule » Il avait quelque chose de bon et de distingué cet homme qui m'emmenait dans la nuit froide et étoilée.
Mes premières impressions ne furent pas déçues. A quelques temps de là, un lundi matin, j'arrivais suant et soufflant d'avoir grimpé ce long chemin enneigé. Quelqu'un m'attendait tout près de l'école; c'était le maire. Il s'approcha de moi, me tendit la main et me félicita avec des mots simples et appropriés, que j'ai oubliés aujourd'hui. Il avait lu le matin même dans le journal un petit entrefilet au sujet de mon frère militaire en Algérie qui à la suite d'affrontements avait eu « une citation » Comment connaissait-il, ce brave maire les rouages des bonnes manières ?... J'en suis encore très émue aujourd'hui en y pensant.

C'est aussi le maire de Vallouise (j'avais été nommée à Puy Aillaud) Ne pouvant venir me rencontrer, il avait mobilisé tout le village pour m'accueillir. On était si haut perché que les nuages étaient au-dessous de nous. On avait grimpé avec l'adjoint venu me chercher en bas. Tout était prêt; ma petite et modeste chambre, installée avec goût ferait office d'appartement. A l'école je découvrais mes 7 élèves, près de leur bureau, souriant, le béret sous le bras, m'attendant dans la vieille classe. Ce sympathique adjoint me rassurait comme il pouvait : « vous verrez, vous serez très bien, nous vous ferons manger à tour de rôle, le soir vous viendrez partager nos veillées ! » Quelle gentillesse !

Et que dire du maire de Plan de Vitrolles ? Il arriva aussi le premier matin de classe, ce bon Général Arnaud de Vitrolles. Il était tout à fait différent des maires que j'avais rencontrés. Mais, il avait les mêmes attentions pour la petite institutrice que j'étais. L'appartement était en cours de restauration : « je choisirai ce que je voudrais comme tapisserie ».
Dans la salle de classe, rien ne manquait, les fournitures attendaient dans la bibliothèque. « Si je m'apercevais que quelques articles manquent, je n'avais qu'à demander » Nous étions là dans une école où la mairie était « riche » et cette classe rayonnait.
Mais riche ou pauvre, l'accueil était le même, empreint de gentillesse, de respect et de bonne volonté. L'aisance et le rang social ne se montraient pas. C'était « le maire ».

Bien sûr, il ne fallait pas être difficile. Il fallait se contenter de ce qu'on nous offrait. Les écoles étaient une grosse charge pour les mairies, aux budgets souvent trop maigres pour faire face à de gros frais. Je me souviens de cette classe où le poêle était dans un état déplorable. Il fallait de la bonne volonté pour attraper le couvercle qui était un vieux couvercle rouge de marmite. sans poignée ! Je garde malgré tout cela dans mon souvenir une très belle image des Maires que j'ai rencontrés au cours de ma carrière.

Lorsque je fus élue Maire de ma commune, j'étais aussi l'institutrice. J'eus peur de ne pas arriver à conduire les deux charges en même temps. A l'école, il y avait « les pour » et « les contre » assis sur les mêmes bancs, en face de moi qui était la maîtresse de tous.
A la mairie suivant l'exemple de ceux que j'ai eu la chance et l'honneur de rencontrer, j'ai essayé de conduire au mieux les affaires de ma petite commune.
Je n'ai cité que quelques exemples marquants, mais j'ai rencontré partout le même accueil tout au long de ma carrière.

Je termine mon propos par cette phrase de l'Inspecteur de l'Éducation Nationale, sur le seuil de mon école : « Madame Queyrel, vous me voyez très gêné d'être obligé d'inspecter un Maire ».

Cécile Queyrel
Ancien Maire de la Freissinouse

 

Association départementale déclarée en préfecture des Hautes-Alpes le 30/11/2001 sous le numéro W052001230.